S-21 Tuol Sleng

le centre de la mort :
histoire et mémoires
d’un massacre oublié

Dans les ruelles de Phnom Penh, loin de l’agitation des marchés et des temples bouddhistes, se dresse une bâtisse à l’allure banale. Pourtant, derrière ces murs écaillés se cache l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire du Cambodge. Anciennement un lycée, ce lieu a été transformé en centre de torture et d’exécution sous le régime des Khmers rouges. Connue sous le nom de S-21, la prison de Tuol Sleng fut le théâtre d’un génocide méthodique orchestré entre 1975 et 1979. Aujourd’hui, elle abrite un musée de la mémoire, mais les fantômes du passé hantent encore chaque couloir.

Sommaire

Les Khmers rouges, sous la direction de Pol Pot, voulaient établir une société communiste agraire en vidant les villes et en réduisant le peuple à une main-d’œuvre servile. Toute opposition, réelle ou supposée, devait être éradiquée. Ainsi naquit S-21, un centre de détention destiné à éliminer les « traîtres ». Plus de 18 000 personnes y furent incarcérées, torturées et exécutées. Hommes, femmes, enfants, intellectuels, cadres du parti : personne n’échappait à la suspicion paranoïaque du régime.

Les détenus de S-21 étaient soumis à des interrogatoires brutaux. Les bourreaux, souvent de jeunes adolescents embrigadés par la propagande, employaient des méthodes de torture inhumaines : électrocution, privation de nourriture, noyades simulées et mutilations. L’objectif n’était pas seulement d’obtenir des aveux – souvent absurdes et dictés par leurs tortionnaires – mais d’anéantir toute humanité en eux. Une fois les confessions signées, les prisonniers étaient exécutés dans le sinistre Choeung Ek, plus connu sous le nom de Killing Fields.

Archives 

Les archives de S-21 témoignent d’une rigueur bureaucratique glaçante. Chaque prisonnier était photographié à son arrivée, numéroté, et son dossier était soigneusement consigné. Ironie macabre : les Khmers rouges, obsédés par la documentation, ont laissé derrière eux des milliers de clichés et de fiches détaillant les noms, âges et origines des détenus. Aujourd’hui, ces photographies exposées au musée offrent des regards figés dans l’effroi, des visages marqués par l’incompréhension et la souffrance.

La chute des Khmers rouges en 1979 a révélé l’horreur de S-21. Seuls sept survivants furent retrouvés vivants, épargnés parce qu’ils possédaient des compétences jugées utiles, comme la peinture ou la mécanique. L’un d’eux, Bou Meng, a passé des décennies à témoigner, transformant sa douleur en devoir de mémoire.

Aujourd’hui, le Tuol Sleng Genocide Museum se veut un lieu de réflexion et d’éducation. Les cellules exiguës, les instruments de torture et les milliers de photographies exposées rappellent l’ampleur de la tragédie. Le musée ne se contente pas de présenter l’histoire, il interroge aussi sur les mécanismes qui mènent à de tels crimes. Il est un avertissement silencieux, rappelant que l’inhumanité peut renaître à chaque génération si l’on oublie.

Le saviez-vous ?

Pol Pot et les Khmers rouges ont causé la mort de près de 2 millions de personnes, soit environ un quart de la population cambodgienne de l’époque.

Duch, le commandant de S-21, fut l’un des rares dirigeants khmers rouges à être jugé pour crimes contre l’humanité. En 2010, il fut condamné à la réclusion à perpétuité.

Le mot « Tuol Sleng » signifie « colline empoisonnée » en khmer, une appellation prémonitoire.

Avant d’être exécutés, les prisonniers de S-21 devaient écrire leurs dernières confessions, souvent rédigées sous la contrainte et totalement absurdes. Certains avouaient être des espions de la CIA ou du KGB, accusations infondées mais suffisantes pour les condamner.

Les Killing Fields contiennent encore des fosses communes qui, après la saison des pluies, laissent parfois remonter des ossements à la surface.

La photo des 7 survivants sur les 18.000 personnes torturées dans le centre S-21.

Des tortures extrêmes

Les Khmers rouges, sous le régime de Pol Pot (1975-1979), ont utilisé des méthodes de torture d’une brutalité extrême pour briser psychologiquement et physiquement leurs victimes. Ces actes se déroulaient principalement dans des centres de détention comme S-21 (Tuol Sleng), où environ 18 000 personnes ont été torturées avant d’être exécutées. Voici les principales formes de torture pratiquées :

Électrocution
Les prisonniers étaient attachés et soumis à des décharges électriques sur différentes parties du corps, notamment les organes génitaux et la bouche. L’objectif était d’infliger une douleur insupportable tout en prolongeant la souffrance.

Noyade simulée (waterboarding)
Les interrogateurs forçaient les détenus à allonger leur tête dans des bassins d’eau sale, leur bouchant le nez et la bouche avec un tissu mouillé. Cette technique provoquait une suffocation progressive, conduisant souvent à des pertes de conscience répétées.

Extraction des ongles et coupures profondes
Les geôliers arrachaient les ongles des doigts et des orteils avec des pinces, avant d’y verser de l’alcool ou du sel pour amplifier la douleur. Certains prisonniers étaient aussi entaillés avec des couteaux ou des morceaux de verre brisé.

Battements et flagellations
Les détenus étaient régulièrement frappés avec des câbles électriques, des bâtons en bambou ou des chaînes métalliques. Certains étaient suspendus par les poignets pendant plusieurs heures, voire jours, jusqu’à ce que leurs épaules se disloquent.

Suspension et pendaison inversée
Une méthode de torture courante consistait à suspendre les prisonniers la tête en bas avec les bras ligotés derrière le dos. Ils étaient plongés à plusieurs reprises dans des barils d’eau fétide ou frappés à la tête pour accélérer leur suffocation.

Viol et mutilations sexuelles
Les femmes, y compris les mineures, étaient souvent victimes de viols collectifs avant d’être assassinées. Les Khmers rouges pratiquaient aussi la castration et d’autres formes de mutilations sexuelles sur leurs victimes masculines et féminines.

Forcer les prisonniers à s’entretuer
Dans certains cas, les geôliers forçaient les détenus à se battre entre eux, promettant de laisser en vie le vainqueur. Ces actes brisaient toute solidarité entre prisonniers et intensifiaient la terreur.

Alimentation forcée et privation extrême
Les prisonniers étaient affamés et recevaient des portions dérisoires de bouillie d’eau salée. Certains étaient forcés de manger des excréments ou des insectes pour survivre.

Empoisonnements et injections mortelles
Certains prisonniers étaient empoisonnés ou recevaient des injections de produits chimiques, expérimentés sur eux par des « médecins » du régime.

Brûlures et écorchage
Les bourreaux utilisaient des cigarettes ou des barres de fer chauffées pour brûler la peau des prisonniers. Dans certains cas extrêmes, ils écorchaient des morceaux de peau sur des détenus encore vivants.

Un système de torture méthodique et bureaucratisé

Les Khmers rouges documentaient chaque session de torture, prenant des photos avant et après les interrogatoires. Ils cherchaient des aveux forcés, souvent absurdes, accusant les détenus d’être des espions de la CIA ou du KGB, justifiant ainsi leur exécution.

Ces tortures étaient conçues pour détruire psychologiquement les prisonniers avant leur exécution, faisant de S-21 et d’autres centres des lieux de terreur absolue. Aujourd’hui, le Tuol Sleng Genocide Museum conserve certains de ces instruments de torture, rappelant l’ampleur de l’inhumanité du régime Khmer rouge.

Le système de fixation pour les pieds et mains des prisonniers afin de les transporter après tortue à 17 km pour être liquides dans un killing field.   

Une pièce destine aux premiers interrogatoires et tortures.
Il s’agissait de salles de classe à l’origine.

Conseils pour visiter
le musée de Tuol Sleng 

Visiter le Tuol Sleng Genocide Museum à Phnom Penh est une expérience poignante qui permet de mieux comprendre l’horreur du régime des Khmers rouges. Cependant, en raison de la nature sensible du lieu, voici quelques recommandations essentielles pour que votre visite soit respectueuse et enrichissante.

Préparez-vous mentalement
Le musée expose des photos de victimes, des instruments de torture et des cellules où les prisonniers ont été détenus et torturés. L’atmosphère est lourde et peut être bouleversante. Prenez le temps de vous renseigner sur l’histoire des Khmers rouges avant votre visite pour mieux comprendre le contexte.

Adoptez une tenue respectueuse
Comme il s’agit d’un lieu de mémoire et de recueillement, il est important de s’habiller de manière appropriée. Évitez les shorts trop courts, les débardeurs ou les tenues trop décontractées. Optez pour des vêtements couvrants, comme pour la visite d’un temple. 

Optez pour l’audioguide ou un guide local
Le musée propose un audioguide en plusieurs langues, qui explique en détail l’histoire du site et des témoignages de survivants. Vous pouvez aussi engager un guide local, souvent des Cambodgiens ayant un lien personnel avec cette période sombre de l’histoire. Cela permet d’avoir un récit plus humain et interactif.

Respectez le silence et la mémoire des victimes
Le site étant un ancien centre de détention, de torture et d’exécution, il est essentiel de garder une attitude respectueuse. Évitez de parler fort, de rire ou d’utiliser un téléphone en mode sonore. Ne prenez pas de selfies dans des endroits inappropriés, notamment devant les portraits des victimes ou les cellules de torture.

Prévoyez du temps pour une visite approfondie
La visite peut durer entre 1h30 et 3 heures, selon votre rythme. Ne vous pressez pas, prenez le temps de lire les panneaux explicatifs et d’observer les documents d’archives, notamment les photographies des prisonniers à leur arrivée.

Visitez aussi les Killing Fields de Choeung Ek
Pour mieux comprendre l’ampleur du génocide, il est recommandé de visiter ensuite le Choeung Ek Genocidal Center, situé à 17 km de Phnom Penh. Ce site, où les prisonniers de S-21 étaient exécutés, complète l’expérience de Tuol Sleng et permet de saisir l’horreur du régime khmer rouge dans son ensemble.

Préparez-vous émotionnellement à une expérience éprouvante
De nombreux visiteurs ressentent une profonde tristesse et un malaise en découvrant les témoignages des survivants, les instruments de torture et les salles d’exécution. Si l’émotion devient trop forte, prenez une pause à l’extérieur. Certains visiteurs choisissent de méditer ou de rendre hommage en silence aux victimes.

Évitez d’amener de jeunes enfants
La visite peut être traumatisante pour les jeunes enfants, car certaines images et descriptions sont très dures. Si vous voyagez en famille, assurez-vous que les enfants sont assez grands pour comprendre et supporter la charge émotionnelle du lieu.

Apportez de l’eau et évitez les heures de forte chaleur
Le musée est en grande partie en extérieur, avec peu de climatisation. Prévoyez une bouteille d’eau et privilégiez une visite tôt le matin ou en fin d’après-midi, surtout en saison chaude (mars à mai).

Le portique avec lequel étaient suspendus de longues heures sous le soleil les détenus, Attachés tête vers le bas ou les mains attachées dans le dos pour déboîter les épaules 

Ma guide qui a elle-même perdu sa mère et ses sœurs sous le régime de Pol Pot

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