Un bazar de luxe
Inauguré en octobre 1912, le navire amiral des Galeries Lafayette prend alors son aspect le plus spectaculaire. Théophile Bader rêve d’un « bazar de luxe » où l’abondance et le luxe des marchandises tourneraient la tête aux clientes. Une lumière dorée, diffusée par la coupole, inonderait le grand hall et ferait scintiller la marchandise. Le pari est gagné. Ferdinand Chanut fait appel à des artistes majeurs de l’École de Nancy pour la décoration de ce monument inscrit dans le Paris Art Nouveau. La rampe de l’escalier monumental, inspiré de l’Opéra de Paris, est signée Louis Majorelle, à qui l’on doit également les ferronneries des balcons. La coupole, culminant à 43 mètres de hauteur, devient le symbole des Galeries Lafayette. Le maître-verrier Jacques Gruber conçoit les vitraux dans un style néo-byzantin. La surface de vente est doublée, mais l’innovation ne s’arrête pas là ! Aux 96 rayons existants, s’ajoutent des espaces non marchands : un salon de thé, une salle de lecture et un fumoir. Le shopping devient, sous l’impulsion des grands magasins, une activité de loisir. Au sommet du bâtiment, la terrasse offre une vue panoramique sur Paris. Des événements d’exception y sont organisés pour divertir une clientèle avide d’exploits, dont le désormais célèbre atterrissage de Jules Védrines en 1919. L’aviateur doit payer une amende pour avoir survolé Paris à basse altitude, mais gagne pour la postérité le titre de premier délinquant de l’histoire de l’air. Les vitrines
Elles jouent un grand rôle dans la théâtralisation de l’espace de vente : elles éveillent toutes les envies et tous les désirs. Une vocation qui ne s’est pas démentie depuis… Crise de 1929
Malgré la crise économique et financière de 1929, les Galeries Lafayette se lancent dans de nouveaux agrandissements sur le boulevard Haussmann. En 1932, revu par l’architecte des transatlantiques, Pierre Patout, le navire amiral se met à la mode Art Déco, avec des bow-windows de René Lalique. Deuxième guerre mondiale
De 1941 à 1944, les Galeries Lafayette sont aryanisées : la famille fondatrice est écartée pendant l’Occupation, la société placée sous l’administration de Vichy jusqu’à la Libération. Après les années noires de la Seconde Guerre mondiale s’amorce la reprise économique de l’entreprise. Nouveau Business Model
Pour relever les défis de l’après-guerre, les Galeries Lafayette font peau neuve. La modernisation du vaisseau amiral commence avec l’inauguration de l’escalator le plus haut d’Europe à Noël 1951. Peu après, les halls intérieurs sont supprimés et, de 1957 à 1959, le bâtiment est surélevé de deux étages. La modernisation architecturale s’accompagne d’une évolution de l’offre grâce notamment à la création en 1952 d’un bureau de style et d’un poste de Fashion Director, à un approvisionnement à l’étranger et à de nouvelles opérations promotionnelles. Au début des années soixante, de jeunes stylistes lancent le prêt-à-porter, entre haute couture et confection traditionnelle. Les Galeries Lafayette révèlent à chaque saison ces jeunes talents en mettant à leur disposition de petites boutiques ou corners dans le magasin. La première créatrice à l’honneur est Laura, la future Sonia Rykiel, en 1962. Puis ce sera le tour de Daniel Hechter, Pierre Cardin, Cacharel, Yves Saint-Laurent ou Dorothée Bis.