L’histoire des chevaliers de Malte est un récit fascinant qui traverse près d’un millénaire, mêlant foi, guerre, diplomatie et survie face aux nombreux bouleversements de l’Europe et du monde méditerranéen. Cet ordre militaire et religieux, officiellement connu sous le nom de Souverain Ordre Militaire Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, trouve ses racines dans les tumultes des croisades, mais son influence et son héritage perdurent bien au-delà.
L’histoire des chevaliers de Malte commence en 1048 à Jérusalem, lorsque des moines bénédictins établissent un hôpital pour soigner les pèlerins chrétiens en Terre Sainte. Ce groupe de religieux, sous la direction de Gérard de Martigues, est à l’origine de ce qui deviendra l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Reconnu en 1113 par une bulle du pape Pascal II, l’Ordre acquiert une indépendance religieuse et se voit autorisé à élire ses propres dirigeants, échapper à la juridiction des évêques locaux, et recevoir des dons de terres et de biens.
Les Hospitaliers ne se contentent pas de soigner les malades et les blessés. Avec la progression des croisades, ils adoptent progressivement un rôle militaire pour protéger les pèlerins et défendre les territoires chrétiens. L’Ordre devient rapidement une force combattante redoutable, participant activement aux batailles contre les forces musulmanes dans les États latins d’Orient.
La chute de Jérusalem en 1187 aux mains de Saladin marque une nouvelle ère pour l’Ordre. Chassés de la ville sainte, les Hospitaliers errent de place en place, s’établissant finalement à Acre jusqu’en 1291, date à laquelle cette dernière bastion chrétienne en Terre Sainte tombe à son tour. Après leur expulsion, ils se replient sur l’île de Chypre, puis sur celle de Rhodes en 1310, où l’Ordre atteint un nouveau sommet de puissance.
Rhodes devient alors le bastion principal des Hospitaliers, où ils se transforment en une force navale redoutée. Sous la direction de grands maîtres énergiques, l’Ordre renforce ses défenses et s’engage dans la lutte contre les Ottomans et les pirates qui infestent la Méditerranée. Rhodes devient un symbole de la résistance chrétienne face à l’expansion islamique. Leur capacité à tenir l’île contre des sièges répétés, notamment celui de 1480, devient légendaire, renforçant leur réputation en Europe.
Malgré leur bravoure, les chevaliers sont finalement contraints de céder Rhodes à Soliman le Magnifique en 1522, après un siège de six mois. Cet exil marque un tournant pour l’Ordre, qui se voit contraint de chercher une nouvelle base d’opérations. En 1530, l’empereur Charles Quint leur concède l’archipel de Malte, un ensemble de petites îles stratégiquement situées en Méditerranée centrale, avec l’approbation du pape Clément VII.
L’installation à Malte transforme l’Ordre. Ils entreprennent de fortifier l’île, construisant des citadelles et des bastions, et établissent la ville de La Valette, du nom du grand maître Jean Parisot de La Valette, célèbre pour sa défense héroïque lors du Grand Siège de 1565. Ce siège, mené par les Ottomans, est l’un des épisodes les plus glorieux de l’histoire des chevaliers de Malte. Inférieurs en nombre, les chevaliers et les Maltais résistent courageusement, infligeant une défaite cuisante aux forces ottomanes. Cet événement cimente la place des chevaliers de Malte dans l’histoire comme des défenseurs inébranlables de la chrétienté.
Après le succès du Grand Siège, les chevaliers de Malte se concentrent sur le renforcement de leur puissance maritime. Leur flotte, composée de galères armées, joue un rôle crucial dans la lutte contre les corsaires barbaresques et participe aux grandes batailles navales de l’époque, notamment la bataille de Lépante en 1571, où la coalition chrétienne inflige une défaite décisive à la marine ottomane.
L’Ordre devient également une puissance économique. Grâce à leurs possessions foncières en Europe, les chevaliers amassent des richesses considérables, qu’ils investissent dans l’amélioration des infrastructures de l’île et dans le soutien à leur mission militaire et hospitalière. Malte devient un centre cosmopolite où se croisent influences italiennes, espagnoles et françaises, et où les arts et la culture prospèrent sous le patronage des grands maîtres.
Cependant, la fortune de l’Ordre commence à décliner au XVIIe siècle. L’Europe connaît des bouleversements politiques et religieux, et le rôle des chevaliers de Malte dans la défense de la chrétienté devient moins pertinent. Leurs ressources s’amenuisent, et leur influence diminue progressivement.
Le XVIIIe siècle marque le début de la fin pour les chevaliers de Malte. L’Ordre est affaibli par des luttes internes, une corruption croissante, et l’érosion de leur autorité. La Révolution française de 1789 porte un coup sévère à l’Ordre, avec la confiscation de ses propriétés en France, qui étaient une source majeure de revenus. En 1798, Napoléon Bonaparte, lors de sa campagne d’Égypte, envahit Malte et force les chevaliers à capituler sans combat. Cet événement met fin à près de 270 ans de règne des chevaliers sur l’île.
Après la perte de Malte, l’Ordre se disperse. Certains membres se réfugient à Rome, où ils reconstituent une petite communauté sous la protection du pape, mais l’Ordre ne retrouvera jamais sa grandeur passée. Néanmoins, l’esprit des chevaliers de Malte survit à travers les siècles. Aujourd’hui, le Souverain Ordre de Malte, bien que dépourvu de territoire, continue d’exister en tant qu’entité souveraine et se consacre principalement à des œuvres humanitaires à travers le monde, fidèle à sa mission originelle d’assistance aux malades et aux nécessiteux.
L’héritage des chevaliers de Malte est palpable dans de nombreuses régions d’Europe et de la Méditerranée, où leurs fortifications, hôpitaux et autres constructions témoignent de leur influence durable. Leur histoire complexe, marquée par des périodes de gloire militaire, de dévotion religieuse et de déclin, reste un sujet de fascination pour les historiens et les passionnés de l’histoire médiévale et moderne.
L’influence des chevaliers de Malte dépasse largement les frontières de l’Europe et de la Méditerranée. Par exemple, leur emblème, la croix de Malte, est aujourd’hui utilisé par de nombreuses organisations à travers le monde, y compris des services de secours, des compagnies d’assurance, et même dans l’industrie automobile. Cette croix à huit pointes symbolise les huit vertus chevaleresques que les membres de l’Ordre devaient incarner : loyauté, piété, générosité, bravoure, gloire, vaillance, honorabilité, et la foi.
De plus, l’Ordre de Malte a joué un rôle notable dans la diplomatie internationale. Reconnu par plus de 100 pays, il maintient un statut d’observateur permanent auprès des Nations Unies. Ainsi, bien que son pouvoir territorial ait disparu, son influence humanitaire et diplomatique reste significative.
Enfin, un fait peu connu est que les chevaliers de Malte, au sommet de leur puissance, avaient le droit de battre monnaie. Les pièces qu’ils frappaient étaient non seulement un symbole de leur souveraineté, mais aussi un moyen de financer leurs activités. Ces monnaies, souvent en or et en argent, sont aujourd’hui des objets précieux pour les numismates et les collectionneurs.
En somme, l’histoire des chevaliers de Malte est un témoignage vivant de l’évolution des ordres religieux-militaires dans un monde en constante mutation, où la foi et la guerre étaient intimement liées, et où l’influence de ces chevaliers a laissé une marque indélébile sur l’histoire occidentale.
La croix blanche à huit pointes, symbole emblématique de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, possède une histoire qui remonte à des temps anciens. Son origine byzantine est généralement située au VIe siècle après Jésus-Christ. Certains historiens estiment que ce sont les Normands qui ont introduit ce symbole à Amalfi, dans le sud de l’Italie. L’adoption de la croix par la République maritime d’Amalfi est confirmée par des pièces de monnaie datant d’environ 1080.
Lorsque les moines, fondateurs de l’hôpital à Jérusalem pour les pèlerins en Terre Sainte, choisirent un emblème, il était naturel pour eux de se tourner vers ce symbole déjà associé à leur ville d’origine. Ainsi, la croix à huit pointes fut adoptée par la communauté de moines dirigée par Gérard de Martigues, donnant naissance à l’Ordre de Saint-Jean. Connue initialement sous le nom de « croix de Saint-Jean », elle devint rapidement indissociable de l’identité de l’Ordre.
Après la chute du Royaume de Jérusalem, l’Ordre de Saint-Jean se déplace d’abord à Rhodes en 1310, puis à Malte en 1530. C’est sur cette dernière île que la croix prend son nom actuel de « croix de Malte ».
Les huit pointes de la croix ne sont pas seulement décoratives; elles portent une signification profonde. Elles symbolisent les huit béatitudes énoncées dans l’Évangile selon Saint Matthieu, ainsi que les huit vertus cardinales que chaque membre de l’Ordre devait incarner : loyauté, miséricorde, franchise, courage, gloire et honneur, mépris de la mort, solidarité avec les pauvres et les malades, et respect pour l’Église. Ces pointes représentent également les huit « langues » ou divisions nationales de l’Ordre : Auvergne, Provence, France, Aragon, Castille et Portugal, Italie, Allemagne, et Angleterre (y compris l’Écosse et l’Irlande).
Au fil des siècles, la croix à huit pointes a été adoptée par divers ordres de chevalerie et intégrée dans les armoiries de régiments militaires et d’ordres civils de mérite. Elle est également présente dans les armoiries de nombreuses villes européennes, dont Amalfi, où elle rappelle les liens historiques avec l’Ordre de Saint-Jean.
Ce symbole est omniprésent dans les édifices, les églises, et les œuvres d’art, particulièrement à Malte. Depuis le 1er janvier 2008, la croix figure sur les pièces d’un et de deux euros émises par la République de Malte, perpétuant ainsi son héritage.
Aujourd’hui, la croix blanche à huit pointes reste le symbole des activités médicales et humanitaires de l’Ordre de Malte. Elle orne également les tenues de cérémonie des Chevaliers et Dames de l’Ordre dans le monde entier, témoignant de leur engagement et de leur histoire millénaire.
Gérard de Martigues, le fondateur et premier Grand Maître de l’Ordre des Hospitaliers, serait né vers 1040 à Scala, un village situé non loin d’Amalfi en Italie méridionale. Durant la seconde moitié du XIe siècle, il se rend à Jérusalem où il commence à œuvrer dans un hôpital affilié à l’église de Santa Maria Latina, un établissement construit par des marchands d’Amalfi pour offrir refuge et soins aux pèlerins.
Selon une légende tenace, lors du siège de Jérusalem en 1099 par les croisés, Gérard, du haut des remparts, aurait lancé du pain aux assiégeants. Cependant, lorsqu’il fut découvert, les pains se seraient miraculeusement transformés en pierres.
Pour consolider l’institution dont il avait la charge, Gérard en fait un ordre religieux dédié à Saint Jean-Baptiste. Le 15 février 1113, le pape Pascal II reconnaît officiellement l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Cette reconnaissance papale souligne non seulement l’importance de Gérard et de son œuvre, mais met également en lumière le service crucial offert aux pèlerins et aux indigents dans l’hôpital de Jérusalem. Le document papal mentionne également une liste d’hôpitaux et de centres de soins en France et en Italie, révélant que l’Ordre fondé par Gérard avait, en quelques décennies seulement, étendu son influence bien au-delà du royaume latin de Jérusalem, adoptant déjà une envergure européenne.
Gérard de Martigues s’éteint à Jérusalem le 3 septembre 1120. Ses directives et son exemple ont jeté les bases de la première règle écrite de l’Ordre, rédigée par son successeur, Raymond du Puy, entre 1145 et 1153.
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