Le Contexte Juridique de l’Usage de l’Agent Orange
Justification américaine : Les États-Unis ont utilisé l’agent orange dans le cadre de l’opération Ranch Hand (1962-1971), affirmant que les herbicides étaient une mesure militaire légitime pour défolier les forêts et détruire les cultures utilisées par les forces communistes du Nord-Vietnam et du Viet Cong. Cette stratégie visait à priver l’ennemi de couverture végétale pour ses mouvements et d’approvisionnement alimentaire.
Le droit international à l’époque : À l’époque de la guerre du Vietnam, les normes spécifiques sur l’utilisation de produits chimiques dans les conflits étaient limitées. Cependant, plusieurs conventions et principes étaient en vigueur :
Protocole de Genève (1925) : Interdisait l’utilisation de gaz asphyxiants, toxiques ou autres armes chimiques en temps de guerre. Les États-Unis étaient signataires de ce protocole, mais ont soutenu que les herbicides ne constituaient pas une arme chimique car leur utilisation visait les plantes, et non directement les êtres humains.
Principes fondamentaux du droit humanitaire : Ces principes, bien qu’énoncés de manière générale, imposaient des restrictions sur les attaques qui causent des dommages disproportionnés aux civils et à l’environnement. Ces principes incluent le respect de la distinction entre objectifs militaires et civils, et l’interdiction des attaques ayant des effets étendus, durables et graves sur l’environnement.
Problèmes Légaux et Moraux Soulevés
Contamination chimique : L’agent orange contenait de la dioxine, une substance extrêmement toxique. Bien que l’objectif déclaré ait été de détruire la végétation, la dissémination de la dioxine a causé des dommages environnementaux massifs et affecté gravement la santé de millions de personnes. Les effets secondaires incluent des malformations congénitales, des cancers, et d’autres maladies graves, ce qui contredit le principe de proportionnalité dans les conflits armés.
Dommages aux civils : L’utilisation à grande échelle de l’agent orange (76 millions de litres) a touché des millions de civils vietnamiens, y compris ceux vivant loin des zones de combat. Ces effets, bien que non intentionnels selon la position officielle des États-Unis, enfreignent le principe de distinction, qui interdit les attaques aveugles affectant les populations civiles.
Impact environnemental : Les dégâts causés par l’agent orange ont altéré des écosystèmes entiers, détruisant des forêts tropicales et contaminant des sols et des cours d’eau pour des décennies. Bien qu’à l’époque, il n’existait pas de conventions environnementales spécifiques applicables en temps de guerre, ces destructions massives sont aujourd’hui reconnues comme une violation des principes du droit international de l’environnement.
Réévaluations Légales Postérieures
Conventions internationales :
Convention sur les armes chimiques (1993) : Adoptée bien après la guerre du Vietnam, cette convention interdit strictement l’utilisation de produits chimiques comme armes, y compris des herbicides lorsqu’ils sont utilisés dans des contextes de guerre.
Protocole additionnel aux Conventions de Genève (1977) : Ce protocole interdit les méthodes de guerre qui causent des dommages étendus, durables et graves à l’environnement.
Actions en justice :
Poursuites des victimes vietnamiennes : En 2004, des associations vietnamiennes ont intenté une action contre les entreprises chimiques américaines ayant produit l’agent orange, telles que Monsanto et Dow Chemical. Cependant, les tribunaux américains ont rejeté l’affaire, invoquant des arguments techniques selon lesquels les entreprises avaient agi sous contrat avec le gouvernement américain et que l’usage de ces produits n’était pas explicitement illégal à l’époque.
Indemnisations des vétérans américains : Les vétérans de guerre américains exposés à l’agent orange ont obtenu des compensations après avoir poursuivi le gouvernement américain et les fabricants. Ces indemnisations reconnaissent implicitement la dangerosité des substances utilisées.